L’essentiel
- Les eaux de carénage mélangent antifouling, métaux, hydrocarbures, graisses et matières en suspension. Un simple filtre ne suffit pas à les rendre rejetables.
- Le rejet direct d’eaux de carénage est un délit puni de deux ans de prison et 75 000 euros d’amende. L’amende est quintuplée pour une société.
- Les seuils de rejet sont fixés par l’arrêté préfectoral du site ou le règlement du port. Les valeurs nationales de référence plafonnent les hydrocarbures à 10 mg/l et les matières en suspension à 35 mg/l.
Pourquoi les eaux de carénage d’un chantier naval sont-elles si chargées ?
Les eaux de carénage concentrent en quelques heures tout ce qu’une coque a accumulé en mer et tout ce que le chantier y ajoute. Le navire sort de l’eau, la lance attaque la coque, et le sol de la cale devient une rivière grise. Dedans, on retrouve :
- des matières en suspension, des coquillages broyés et des algues ;
- de la rouille, du sable et des poussières de ponçage ;
- des écailles de peinture et d’antifouling, chargées en cuivre et en biocides ;
- des graisses d’arbres, d’hélices et d’organes mécaniques ;
- des traces d’hydrocarbures et les produits de nettoyage du jour.
Chacun de ces polluants demande sa propre réponse. Les matières lourdes décantent, les hydrocarbures se séparent, les biocides dissous se piègent sur charbon actif. Traiter l’un sans l’autre, c’est laver à moitié. Le détail des substances est dans notre article sur les risques des peintures antifouling au carénage.
Comment se déroule le carénage d’un navire de commerce sur une cale ?
Un carénage de navire de commerce mobilise jusqu’à trois nettoyeurs haute pression en même temps, pour libérer la cale au plus vite.
C’est ce que nous avons observé sur le quai : un navire à sec, et derrière, une équipe qui attend pour l’inspection, le sablage, puis la peinture. Chaque heure de lavage gagnée est une heure rendue aux opérations suivantes.
L’inconvénient de cette méthode tient en une phrase : il faut récupérer et traiter tout de suite des volumes importants d’eau très chargée. La question n’est donc pas de savoir qui est aux normes. Elle est de savoir comment capter cette eau avant qu’elle ne s’écoule dans le bassin, et comment la traiter au rythme des lances.
Le contexte local n’aide pas à passer inaperçu. L’Ifremer (Institut Français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer) suit la contamination des sédiments et des coquillages du littoral breton depuis 1979, et la rade abrite des cultures marines.
Par exemple, la Marine nationale a lancé fin 2025 la déconstruction de 75 petits navires au port de commerce de Brest, dans un cadre de dépollution strict. Le territoire fait le ménage. Les chantiers qui lavent des coques sont attendus au même niveau.
Quelles normes doivent respecter les eaux de carénage avant rejet ?
Une eau de carénage ne se rejette qu’après traitement, dans le respect des seuils fixés par l’arrêté préfectoral du site ou le règlement du gestionnaire de la cale. La préfecture du Finistère le rappelle noir sur blanc : le carénage se fait obligatoirement dans un dispositif équipé de collecte et de traitement des effluents.
Et l’article L216-6 du Code de l’environnement punit le rejet de substances nuisibles dans les eaux de deux ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende, montant quintuplé pour une personne morale.
Pour les chiffres, la référence nationale reste l’arrêté du 2 février 1998 sur les rejets des installations classées. Votre arrêté préfectoral peut être plus sévère, jamais plus souple. Le tableau résume ce que vous devez surveiller et pourquoi.
| Paramètre | D’où il vient sur la cale | Valeur de référence (ICPE) | Comment on le retient |
|---|---|---|---|
| Matières en suspension | Coquillages, algues, rouille, sable, écailles de peinture | 35 mg/l au-delà de 15 kg/j rejetés | Filtre à bande, décantation, filtration 20 puis 5 microns |
| Hydrocarbures totaux | Graisses d’arbres et d’hélices, fuites, eaux de cale | 10 mg/l | Séparateur d’hydrocarbures, charbon actif |
| Cuivre | Antifouling décapé | 0,15 mg/l | Filtration fine puis charbon actif |
| Zinc | Anodes, peintures, revêtements | 0,8 mg/l | Filtration fine puis charbon actif |
| Biocides et bactéries | Antifouling, salissures organiques | Selon l’arrêté du site | Charbon actif, puis ozone ou UV si l’eau l’exige |
Quels risques les eaux de carénage font-elles courir aux opérateurs ?
Les eaux de carénage projetées dans l’air sont chargées de résidus d’antifouling que l’opérateur peut inhaler. Il peut en recevoir sur la peau ou les transporter sous ses chaussures et sur ses équipements.
Or, ces peintures contiennent des substances biocides conçues pour empêcher les organismes marins de se fixer sur les coques. Des produits efficaces contre les algues et les coquillages mais qui ne font pas la différence entre un organisme marin et un poumon.
Les points de vigilance, dans l’ordre où on les traite :
- les aérosols et projections pendant le lavage, à limiter par l’organisation du poste et des cloisons de confinement ;
- le contact avec les eaux et les boues, à réduire par un circuit fermé, du pompage à la filtration ;
- l’ozone et les UV, quand ils font partie du traitement, à confiner dans des réacteurs fermés et ventilés ;
- les EPI, choisis d’après les fiches de données de sécurité des produits réellement rencontrés : lunettes, gants, bottes antidérapantes, protection auditive et respiratoire si besoin.
Les protections collectives d’abord, les EPI ensuite. Un opérateur qui ne touche jamais les boues n’a pas besoin d’un masque pour s’en protéger.
Pourquoi le sujet devient-il urgent pour les cales de carénage en 2026 ?
En 2026, les donneurs d’ordre du maritime intègrent la gestion des eaux de carénage dans leurs critères de sélection, et les contrôles de la DREAL et de l’OFB (Office français de la biodiversité) se multiplient sur les aires de carénage. Deux chantiers capables du même carénage ne présentent plus les mêmes garanties aux yeux d’un armateur.
Il y a aussi un piège très concret : beaucoup d’exploitants travaillent sur une cale dont ils ne sont pas propriétaires. Investir 150 000 à 300 000 euros dans une dalle et un bassin béton qui resteront au gestionnaire du port, personne n’en a envie.
D’où l’intérêt des unités de traitement mobiles, sur skid ou en conteneur de 10 pieds, et des boudins et aires de rétention souples qui transforment une cale existante en zone captée. On explique comment dimensionner une telle unité dans notre article sur le traitement mobile des eaux de carénage.
Le conseil de François Rivalland, fondateur d’X’Pertus®
« Sur un quai de chantier naval, je ne commence pas par les filtres. Je regarde les lances : combien tournent en même temps, combien de litres par minute, et où part l’eau quand elles tournent toutes. Une installation capable de traiter un gros volume par jour se fait prendre en défaut en dix minutes si elle n’absorbe pas le débit de trois nettoyeurs. Mon deuxième réflexe, c’est un bidon de cinq litres : on prélève l’eau de lavage, on la fait analyser, et c’est elle qui dicte la chaîne de traitement. Jamais l’inverse. »
Questions fréquentes sur les eaux de carénage
Qu’est-ce qu’une eau de carénage exactement ?
C’est l’eau de lavage d’une coque hors d’eau, chargée de tout ce qu’elle a décollé. Salissures marines, antifouling, rouille, graisses, hydrocarbures et produits de nettoyage (type acide oxalique). Elle devient un effluent industriel dès qu’elle touche le sol de la cale, et se traite comme tel.
Un décanteur et un déshuileur suffisent-ils pour une cale de carénage ?
Ils traitent les boues lourdes et les hydrocarbures libres, pas les biocides dissous ni les métaux fins. Pour le cuivre de l’antifouling, il faut une filtration fine et du charbon actif. Et l’ensemble doit absorber le débit des lances, sinon l’eau déborde et contourne tout le dispositif.
Peut-on recycler les eaux de carénage pour laver le navire suivant ?
Oui, après une chaîne de traitement complète et un contrôle de la qualité en sortie. C’est même un atout en période de restriction d’eau. L’eau recyclée doit rester sûre pour l’opérateur qui la pulvérise, d’où l’intérêt d’une désinfection UV ou ozone en fin de chaîne.
Que deviennent les boues de carénage une fois l’eau traitée ?
Elles partent en filière de déchets dangereux, avec un bordereau de suivi. Concentrées en cuivre, zinc et biocides, elles ne vont ni à l’égout ni en décharge classique. Plus votre séparation est efficace en amont, plus le volume à faire enlever est petit, et plus la facture baisse.
Qui contrôle une aire de carénage en France ?
La DREAL pour les installations classées, l’OFB et les Affaires maritimes pour la police de l’eau, et le gestionnaire du port pour son règlement. Un contrôle non conforme va de la mise en demeure à la suspension du carénage. Le bon réflexe : pouvoir montrer, analyses à l’appui, ce qui entre et ce qui sort de votre traitement.
Les eaux de carénage ne pardonnent pas l’à-peu-près : trop chargées, trop rapides, trop surveillées. La bonne nouvelle, c’est qu’une cale existante se met en conformité sans béton ni permis de construire, à condition de partir de l’effluent réel. Vous exploitez une cale de carénage et vous voulez savoir où vous en êtes ?
X’Pertus® conçoit et fournit des équipements de gestion de l’eau et des effluents pour les professionnels : aires de lavage et de carénage mobiles, recyclage des eaux de lavage, séparateurs d’hydrocarbures et de rétention de liquides polluants. Fondée par François Rivalland, l’entreprise est basée à Paris (8e arrondissement) et intervient sur toute la France et à l’étranger, auprès des chantiers navals, ports, industriels, agriculteurs et entreprises du BTP. Adresse, horaires et itinéraire sur la page contact d’X’Pertus®.
Vous souhaitez trouver des solutions pour gérer vos eaux de carénage ?
Capter et recycler l’eau au pied du navire : c’est le sujet de notre prochain article. Vous voulez prendre un peu d’avance ? X’Pertus® a déjà mis la réponse dans un conteneur de 10 pieds !


